L’activité sismique de ces derniers mois !… : Le directeur général du CRAAG répond

activité sismique en Algérie

Depuis quelques mois une activité sismique est enregistrée dans notre pays. Doit-on s’inquiéter ? est-elle normale ? doit-on s’alarmer que la terre trépide aussi souvent dans certaines régions du pays ? La réponse est « Pas du tout », selon M. Yelles, directeur général du CRAAG.

Qui ajoute : « L’activité sismique observée ces deux derniers mois, à travers le pays, est tout à fait normale. La terre tremble généralement en Algérie sans pour autant se dérober sous les pieds des habitants. C’est une activité permanente traduisant un processus continu qui s’explique par le frottement perpétuel des plaques tectoniques eurasienne et africaine et, dans certaines zones, l’accumulation de l’énergie est plus importante que dans d’autres. Toutefois, il ne faut être ni alarmiste ni fataliste, l’Algérie est classée zone des activités sismiques modérées, et il faut intégrer cette réalité et accepter ce phénomène particulièrement au niveau de la région du Nord. Le CRAAG dispose d’une carte sismo-tectonique dont les données sont continuellement mises à jour. Mais l’action majeure entreprise dans le domaine reste celle de l’exploration et de la sensibilisation. Sur ce, nous insistons et nous axons toutes nos actions sur la prévention, et une stratégie nationale en matière de prévention est appliquée sur le terrain par tous les secteurs concernés ».

Est-ce que toutes les leçons ont été tirées
des nombreuses catastrophes qu’a connues l’Algérie ?

M. Yelles nous affirme qu’«à chaque secousse tellurique, on tire de nouvelles leçons et on met à jour les données existantes. L’étude de chaque secousse permet de compléter les informations dont nous disposons. Ainsi, le code parasismique doit suivre l’évolution des données liées à cette activité sismique. Des travaux de recherche sont effectués de manière constante et régulière, de sorte à avoir toutes les informations possibles et nécessaires pour la prévention.

À part la prédiction, on tente à chaque fois de répondre à un certain nombre de questions, comme par exemple : où, quand, comment et pourquoi ?

Ainsi, on est arrivé à des certitudes scientifiques et à expliquer cette forte activité sismique dans la partie nord du pays, grâce au contexte géodynamique de la région. En effet, le rapprochement des plaques africaine et eurasiatique dans la région méditerranéenne fait de l’Algérois le siège d’une activité sismique. Ce rapprochement entraîne la déformation des formations géologiques et s’exprime tout d’abord dans la région marine où plusieurs failles actives ont été récemment mises en évidence par des campagnes marines, effectuées entre 2003 et 2005.

Dans la région continentale, les déformations sont essentiellement concentrées sur le pourtour du bassin de la Mitidja, au niveau de la région du Sahel pour la partie bord ou au niveau de la bordure sud du bassin. La convergence des deux plaques provoque, par ailleurs, un phénomène de soulèvement de la côte, comme cela a pu se produire durant le séisme de Boumerdès. Il est impossible de faire des prédictions à court terme, mais la prédiction à long terme est là. Il existe une cartographie sismique précise où sont recensés les différents points à haut risque. Le respect des règles parasismiques et l’adoption de certaines techniques dans la construction sont à même de réduire considérablement ce risque. Il faut donc intégrer ce risque dans le développement durable ».

Le directeur du CRAAG affirme, en outre, que son institution axe ses interventions sur le chapitres de la sensibilisation. « Le travail de sensibilisation et de prévention que nous faisons sur le terrain est un travail de longue haleine qui nécessite un énorme effort, car il faut mobiliser plusieurs secteurs et lutter contre l’oubli. Il nous faut faire un travail de rappel constant et en permanence, du plus haut niveau jusqu’à l’exécutant, essentiellement pour le secteur de l’Habitat. Le CRAAG a identifié ce qu’on appelle les zones NON EDIFICONTE, autrement dit les zones non urbanisables qui s’étalent jusqu’au Sud. Les institutions de l’État ne posent pas de problème quant au respect de ce schéma, ce sont plutôt les auto constructeurs qui dérogent à la réglementation même en matière de respect des règles parasismiques et ne consultent ni architectes ni bureaux d’étude. Ces personnes doivent être conscientes des dangers qu’ils font encourir à leurs familles.

Il est important de responsabiliser l’acte de délivrance du permis de construction à tous les niveaux, parallèlement à l’impératif d’investir dans la réalisation de constructions durables, solides et sécurisées, afin d’en prévenir et réduire, autant que possible, les dommages matériels et humains et faire une économie de frais de constructions onéreux, au niveau des zones classées à risque sismique (de niveau 3), comme c’est le cas du littoral du pays ».

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